Une chambre de petite fille
Comme vous avez pu le voir, Salomé a maintenant tout du charme de la petite fille. Nous avons donc commencé à adapter sa chambre pendant les vacances en nous livrant à un petit peu de décoration.
J'ai tricoté une couverture en laine n°5 de Fonty, dans un ton rose dragé que j'ai trouvé assez chic. A mon grand désespoir, après 2 mois de tricot ( avec une longue pause mais tout de même ! ) et une bonne dizaine de pelotes, la demoiselle rejette mon cadeau au motif que la aline gratte. Comment ça, elle gratte, la n° 5 de Fonty ? Elle ne disait pas ça quand elle l'avait sur le dos en gilet... Les temps changent, les temps changent...
Nous avons également sorti de l'armoire où elle attendait sagement la boîte à musique offerte par sa tante Marie à sa naissance.
Et le Castor a mis en fonction un craquage angevin : un petit ange musicien pour éclairer mon petit soleil...
Elle est pas jolie cette lampe en céramique ? En tous cas, pas de rejet cette fois ci, plutôt un petit menton qui pointe régulièrement vers le plafond.
Salomé et la propriété
Depuis une semaine, c'est officiel, Salomé est entrée dans l'ère de la propriété. Elle dit sans cesse : "C'est à moi", ce qui a le don d'horripiler sa soeur quand elle nous désigne, moi et le Castor...
Mais il y a un membre de la famille qui aime être possédé et traité comme un objet chéri que l'on déplace, manipule et cajole : c'est Zéphyrin...
le bonheur est venu se nicher sous notre toit
Comme dans Amélie la Souris d'Antoon Kring, le bonheur est venu frapper à notre porte sous la forme de tourterelles qui ont décidé de couver sous notre toit, juste au niveau de notre chambre.
Toute la famille est ravie d'abriter ce nouveau nid d'amoureux...
terminer ce que l'on a commencé
Voilà bien longtemps que je ne vous avais montré mes petits tricots et autres bidouilles filistiques... Moins de temps, moins d'envies et puis, avec les vacances, j'ai repris mes en cours et les ai terminés.
Première démonstration : harmonie en rouge...
Une nape DCM à broder, qu'Isild a trouvée "extraordinaire" ( ah ! Les petites filles et les coeurs ! ), ce qui n'est pas vrai dans l'absolu mais fait très plaisir à entendre... Et un gilet tiré d'un vieux Phildar Layette en laine Beaugency toute douce et agrémenté de boutons en nacre Entrée des Fournisseurs. Pour celles qui ne connaissent pas la laine Beaugency, je dirais que c'est ( avec le Phil Eco ) l'une des plus grandes réussites chez Phildar : on a l'impression de plonger les mains dans de la mousse. Isild a ce même gilet, taille deux ans, en vert mousse et continue à le mettre encore maintenant : c'est son gilet préféré parce que c'est le plus doux !
J'ai fait d'autres petites choses que je vous montrerai plus tard si j'en ai le temps. Ici, le rythme terrible a repris malgré les jours de congé : il faut rendre tous les projets artistiques et les descriptifs de bac avant le 20 mai, les réunions de fin d'année fleurissent, les portes ouvertes se tiendront samedi et, et, et je vais peut-être devoir assumer un deuxième rôle très disert au théâtre... Beaucoup de bonnes choses en perspective, mais qui vont sans doute m'éloigner parfois du blog.
the pink bunny
Des serviettes fushia, deux barrettes et ... Isild ne s'appelle plus Isild.
Non, c'est un petit lapin rose. Et quand elle ne boit pas son chocolat, elle fait des bonds très gracieux pour nous le prouver.
Mon cocon
Depuis notre retour, j'ai le nez dans mes cours. Mon esprit n'est déjà plus aux vacances. Mais j'ai retracé dans mon coeur un petit jardin serein pour affronter les derniers moments de cette année scolaire qui sera bientôt terminée.
Ce que j'aime le plus dans la Baie de Somme, ce sont les couleurs apaisantes, la douceur des éléments et cette étrange impression de ne plus savoir où finissent la terre, le ciel et la mer.
Le patio au Crotoy
La famille Sauvagin a migré pour quelques jours au Crotoy, petite bourgade sympathique de la Baie de Somme. Elle a trouvé refuge dans l'une des chambres d'hôtes du Patio, rue Guy Dath. Nous avons été séduits par les couleurs de la chambre qui rappellent toute la douceur de la côte, l'acceuil avec ce qu'il faut de chaleur et ce qu'il faut de distance, le patio fleuri formé autour d'un magnifique cerisier en fleurs et les petits déjeuners déposés dans un panier devant la fenêtre, comme dans un film de Truffaut.
Les filles ont adoré leur mini-chambre en mezzanine...
J'ai beaucoup moins aimé l'escalier qui amenait à cette mezzanine, sans aucune barrière de sécurité, sont l'ascension et la descente sont vite devenus le jeu préféré de Salomé.
Et au final, c'est le derrière d'Isild qu'il a fallu masser. A ce détail près tout était parfait et les filles nous ont déjà demandé si nous pourrions refaire une escale sous le cerisier cet été !
Assassiner les arbres
En vacances, c'est bien connu, le professeur... travaille. Quand il ne corrige pas ses copies, il prépare ses cours, monte des dossiers pour des projets culturels qui verront le jour ( ou pas ) l'année suivante. Pour moi, pas de courage pour les copies en ce moment, mais l'envie de préparer mes derniers cours de l'année avec soin. Pour cela, je laisse mon esprit vagabonder, je feuillette quelques ouvrages qui font naître des idées, je note quelques mots, le hasard et la rêvrie font le reste. J'arrive ainsi assez souvent à faire des séquences de cours relativement originales, qui me ressemblent et correspondent à mes goûts et mes curiosités du moment. Or, imaginez mon dépit : pas de rêverie possible ces derniers jours, mais un vacarme difficile à supporter et une maison qui tressaute sur ses fondations à chaque chute. Imaginez que la mairie a chargé une entreprise d'abattre tous les platanes de la rue qui passe derrière chez nous. Et quand je dis "abattre", je veux dire " assassiner" car ces arbres centenaires ne sont pas malades. Non, c'est bien pire. A l'heure du tout écologique, les platanes de la rue du Réveillon, ceux qui bordent le parc de la Maison des Arts, avaient le mauvais goût de gêner le stationnement automobile... Cela fait donc deux jours que l'on remédie à ce fléau, arrachant le mal par la racine, faisant sauter mon coeur, lourd, si lourd dans ma poitrine et arrachant des cris de colère à une petite Isild désarmée : " Méchants ! Arrêtez ! Mais arrêtez, je vous dis ! On n'a pas le droit de tuer les arbres !"
Après le carnage, nous sommes allées voir d'un peu plus près les corps morts dans la rue, dont on aurait dit qu'elle appartenait à une ville en guerre. Nous y avons trouvé une voisine avec son fils de deux ans qui disait dans sa poussette " C'est moche, c'est moche". Comme lui, je vous l'écris : c'est moche d'assassiner ces vieux centenaires qui nous abritaient de leur ombre contre l'odieux spectacle du ciment et du bitume, c'est moche de retirer aux enfants et aux hommes la beauté d'une rue majestueusement plantée d'arbres anciens qui lui donnent, aux beaux jours, des allures d'allées. Oui, vous savez, des allées recouvertes par des voûtes végétales, dans laquelle le soleil fait des taches joyeuses et qui vous donnent l'impression d'avancer dans un tunnel plein de recueillement et de mystère vers quelque chose d'inconnu et d'extraordinaire.
J'aime assez l'ironie de cette photographie...
Voilà ce qu'on nous a arraché aujourd'hui : un peu d'enchantement et de magie. Mais nous aurons des places de parking. Pourquoi nous plaindre ?
Supplément à la vie de Barbara Loden
J'ai beaucoup lu ces derniers temps, mais je ne vous ai pas rendu compte de ces livres, qui pourtant, étaient plutôt de bonne tenue. Celui dont je vais vous parler aujourd'hui, fini ce matin, suscite en moi des interrogations. Je ne saurais vous dire si je l'ai aimé ou pas. Il s'agit du Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger édité chez POL.
Barbara Loden, je ne la connaissais pas, pas plus que son film, Wanda, visiblement connu des cinéphiles. Après la lecture, on ne sait
pas beaucoup plus de choses sur l'actrice/réalisatrice, deuxième femme de Kazan, ancienne pin-up recyclée en actrice arty notamment pour Miller, morte d'un cancer. Le sujet de l'oeuvre est donc un mystère : celui d'une femme qui a fait un portrait d'elle-même sous forme d'un film sur une autre femme mystérieuse. Autre mystère : quel lien lie Nathalie Léger à ces deux femmes ? Est-ce sa mère qui, comme la Wanda du film, a connu la tentation de la fuite, du vide et du néant ? est-ce la mélancolie qui donne son unité au texte, convoquée à chaque phrase par l'évocation de l'héroïne du film, absente à elle-même, et au détour du chemin par une citation de Sylvia Plath au triste destin ?
"Qu'est-ce que je venais chercher ici ? Je voulais simplement recueillir quelques images, je voulais trouver les matériaux qui parlent de l'incertitude, de la soumission à ce qu'on croit être le désir de l'autre, de l'incapacité à dire non, à se fâcher, à refuser, de l'impossibilité à être désinvolte, du souci de bien faire, de l'attente et de l'hébétude, je voulais conjoindre mon présent et le passé de quelques sentiments vécus par d'autres."
Qui cherche dans la fiction à s'accrocher au destin des personnages doit ici passer sa route. Le livre parle de soumission totale de la femme à l'homme, puis de la femme à l'ordre des choses. De ce qui échappe. De ce qui fait que la vie apparaît parfois comme une course folle vers le néant et qu'une femme peut se sentir soulagée à l'idée que tout cela s'arrête, même si c'est pour aller en prison.
Ce qui sert vraiment bien le propos du roman, c'est sa forme et, tout d'abord, cette écriture fragmentaire, faite de blancs, de silences, d'allers et retours dans la vie de Barbara Loden entrecoupant le récit chronologique de Wanda. La lecture fait naître des images : celles des films de la Nouvelle Vague, Godart, Truffaut. Un noir et blanc chic, des fondus au blanc qui effacent l'image plus qu'ils ne la révèlent. Nathalie Léger se fait la chroniqueuse d'une époque pendant laquelle la femme a une place à prendre, mais ne sait pas encore comment ni quoi en faire. Wanda le dit : elle n'est bonne à rien. Elle a abandonné son rôle d'épouse et de mère, mais ne sait pas quelle vie embrasser qui pourrait remplir le gouffre qu'elle sent au dedans d'elle. Barbara Loden a cessé d'être une pin-up, mais n'a jamais cessé de disparaître sous les projections masculines : vestige d'une Marylin à la perruque platine pour Miller, deuxième épouse pour Kazan. Le fragment est là, qui donne à voir des moments de la vie, sans les expliquer, sans imposer une logique qui n'était peut-être pas la leur. Des vies fragmentées : celle de la narratrice, celle de sa mère, celle de Wanda, de Barbara. Que des vies, au final, nourries à un moment donné par l'insatisfaction. Le supplément à la vie de Barbara Loden en effet, est l'oeuvre née de la frustration entraînée par la rédaction d'une notice sur l'actrice et l'impossibilité d'y saisir une vérité fondamentale que la narratrice y perçoit sas arriver à le formuler.
Je reconnais donc beaucoup de qualités formelles à ce roman que je n'ai fini que parce que j'ai eu envie de faire l'effort de le lire jusqu'au bout. La mélancolie de ses pages est de celles, lourdes, qui pèsent sur vous. Un drôle d'objet en tous cas que celui-ci : frustration/hommage/réparation.
Salomé a eu deux ans
Samedi, j'étais pressée d'avoir fini les cours, pressée d'avoir bouclé le projet de partenariat avec l'Opéra de Paris, pressée de rentrer à la maison. En effet, il y avait une fête dans la petite maison de briques rouges. Isild l'avait dit : il y aurait un gâteau au chocolat, des ballons et des bulles. Et il y a eu du gâteau au chocolat, des ballons, des bulles, des cadeaux, de l'excitation, des "oh !" et des "ah!".
Samedi, Salomé a eu deux ans. Toute la semaine, cet événement m'a habitée, serrant quelque chose de profond dans ma poitrine. J'ai fait des rêves d'accouchement et d'allaitement. Oui, ces deux ans sont plus qu'un symbole, la vérité du passage de la petite enfance à l'enfance. Depuis samedi, je n'ai plus de bébé à la maison, mais deux petites filles.




























